Autour de
Samuel Champlain

Moins connus que le fondateur de Québec, tous les personnages évoqués ci-dessous ont fait partie du cercle des proches de Champlain. Amis ou parents, ils ont, avec lui ou dans son sillage, contribué à écrire les toutes premières pages de l'histoire de la Nouvelle-France, dite Canada.

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Pierre Dugua de Mons,

fondateur de l'Acadie

     Issu de la noblesse huguenote, ancien compagnon d'armes d'Henri IV, Saintongeais comme Champlain mais sans doute un peu plus âgé que lui (il serait né vers 1560-1570, sans aucune certitude), Pierre Dugua de Mons reste très méconnu de nos concitoyens en regard du fondateur de Québec, bien qu'il ait joué un rôle essentiel dans les premières heures de l'histoire du Canada français.
     A la suite d'un premier contact avec ce pays, une traversée effectuée sur les navires de l'armateur Chauvin, c'est en 1603 qu'il monta sa propre compagnie de traite avec des négociants et armateurs de Rouen et La Rochelle, obtenant, à la mort du Commandeur Aymar de Chastes, un Monopole de traite des fourrures avec les Amérindiens.
     En récompense des services qu'il lui avait rendus précédemment, le roi lui accordait aussi le titre de lieutenant-général de la Nouvelle-France. Il fit alors le choix d'installer une colonie permanente en Acadie, jugeant cette route maritime plus rapide et pensant trouver là un climat plus tempéré. Sans doute champlain lui avait-il également parlé de ces mines dont le sieur Prévert vantait la richesse, information qu'il tenait de son voyage de 1603.
     Parti en 1604 avec quatre navires, en compagnie de Pont-Gravé, Samuel Champlain, Jean de Poutrincourt il établit son camp sur l'île de Sainte-Croix (aujourd'hui Dochet Island, à la frontière du Canada et des Etats-Unis). Mais durant l'hiver, l'île est prise par les glaces et le choix de cette implantation motivé par des raisons défensives s'avère catastrophique : 75% des hivernants meurent du scorbut. Au printemps 1605, Sainte-Croix est abandonné au profit du site plus clément de Port-Royal. En septembre 1605, Dugua de Mons doit regagner la France pour y régler les conflits nés du monopole, passant le commandement en son absence au sieur de Pont-Gravé. Provoquée par la pression des marchands et l'incompréhension de Sully, la révocation de son monopole, en 1607, le contraint de rapatrier ses gens de Port-Royal.
     En 1608, avec la reconduction pour un an du Monopole qu'il vient d'obtenir de la Cour, et fort de sa précédente expérience, il change alors totalement de stratégie et décide d'une installation sur le Saint-Laurent. Il y envoie Champlain, devenu son lieutenant, qui y fondera Québec en juillet.
En 1609, sans privilège cette fois et malgré les pertes financières des années précédentes, il continue de soutenir Champlain avec l'aide de deux associés de Rouen, les sieurs Collier et Legendre. Mais en 1610, après l'assassinat du roi Henri IV, Dugua de Mons, perdant là son principal appui, devra passer la main à d'autres, gardant toutefois une part dans la compagnie de 1612. Il vendra ses possessions d'Acadie en 1613, terres où il n'était point revenu après 1605, se voyant dans le même temps nommé Gouverneur de Pons, fonction qu'il exercera jusqu'en 1618 avant de se retirer dans son château d'Ardennes où il devait s'éteindre le 22 février 1628.
      De par sa fonction, sa présence effective et son action sur le terrain en 1604-1605, il est juste de reconnaître en Pierre Dugua de Mons le père-fondateur de l'Acadie, juste encore de lui rendre hommage dans la fondation de Québec par Champlain, à qui il a fourni les indispensables moyens, juste enfin de souligner chez lui un grand mérite pour n'avoir pas agi dans la seule perspective du profit, mais bien dans l'idée de réussir sur l'autre rive de l'Atlantique l'implantation d'une vraie colonie de peuplement.


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Hélène Boullé, épouse de Champlain

     Au nombre des interrogations que posent les différentes biographies de Samuel Champlain, il en est une qui concerne sa vie sentimentale dont le fondateur de Québec n'a point souhaité nous laisser trace dans ses écrits, comme il ne s'est point exprimé par ailleurs sur les autres aspects de sa vie familiale. Sur ce sujet, nous ne savons donc, pour ainsi dire rien, ou du moins pas grand chose.
     Sa seule liaison connue provient d'un acte officiel constatant le mariage qu'il contracta à Paris, en l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, le 20 décembre 1610, l'année de l'assassinat du bon roi Henri, avec la toute jeune Hélène Boullé.


Une bien jeune mariée


      Née en 1598, elle était la fille de Nicolas Boullé, secrétaire de la Chambre du roi, et de Marguerite Alix, tous deux de la religion réformée, union qui leur donna quatre enfants.
     La jeune Hélène Boullé n'avait donc que douze ans lorsqu'elle épousa Champlain dont nous ignorons l'âge à cette époque en raison de l'inconnue sur sa date de naissance, mais gageons qu'il avait largement dépassé la trentaine. l'alliance d'une toute jeune fille avec un homme d'âge mûr n'avait à l'époque rien de choquant, mais plutôt qu'une histoire d'amour, il s'agissait le plus souvent d'un mariage de raison, d'une union entre deux familles, en somme d'une communauté d'intérêt. Un des frères d'Hélène, Eustache Boullé, rejoindra Champlain en Nouvelle-France en 1618 pour participer au commerce des fourrures.
     En raison du jeune âge de la fillette, il était convenu dans le contrat de mariage que les époux ne pourraient cohabiter avant qu'il ne se passe au moins deux années. Ce contrat prévoyait également une importante dot de 6.000 livres, réglable à la même échéance de 2 ans, mais sur laquelle Champlain reçut immédiatement une avance d'un quart, aussitôt investie dans le commerce des pelleteries.
      La différence religieuse ne fut pas un obstacle; Hélène Boullé, bien ancrée dans la religion calviniste, revint cependant, en se convertissant à l'âge de 14 ans, vers la religion de son mari.
     Nous savons qu'entre deux voyages en Nouvelle-France, et durant ses brefs séjours parisiens, il arriva à Champlain de rendre visite à la jeune Hélène, mais c'est seulement au bout de dix ans de mariage, en 1620, qu'elle accepta l'idée de la traversée atlantique pour s'installer avec son mari à Québec. Quatre années d'exil qui lui pesèrent énormément. Mais rappelons-nous que le Québec de cette époque ne comptait que quelques maisons où logeait une population essentiellement masculine totalement dépendante du commerce des pelleteries. Son époux toujours absent, pris par sa tâche de gouvernement et ses expéditions, Il y avait bien la compagnie de madame Hébert, l'épouse du seul vrai colon de Québec et de sa fille, mais les différences de milieu et d'habitudes ne favorisaient guère le rapprochement entre ces deux femmes et la jeune Hélène qui passait une partie de son temps avec de jeunes amérindiennes admiratives de ses beaux habits et du miroir qu'elle portait toujours en sautoir.
      C'est donc toute heureuse de rentrer en France, pour y retrouver l'animation de Paris, ses sorties et ses boutiques, qu'Hélène Boullé quitta Québec, via Tadoussac, en 1624. Elle ne retournerait jamais en Nouvelle-France.


La religieuse


     En France, Hélène Boullé n'en continua pas moins de s'intéresser aux affaires de son mari. En témoignent les démarches qu'elle intenta contre Guillaume de Caen en 1627 pour des émoluements dûs à Champlain et restés impayés. Cependant, très portée sur la religion, elle envisageait sérieusement de pouvoir se faire religieuse. Elle s'en ouvrit dans une lettre confiée au Père Lalement en 1628 pour être remise à son mari. Le navire qui portait le jésuite, attaqué par les Anglais, n'atteignit point Québec, ni le pli son destinataire.
A la mort de Champlain, en 1635, Hélène Boullé retrouvait sa totale liberté mais point l'héritage du défunt. Dans les derniers mois de sa vie, Champlain aurait modifié les clauses du testament qui faisaient d'elle sa seule héritière au profit de notre-Dame-de-Recouvrance. La veuve ne contesta pas, mais le testament fut tout de même cassé, suite à l'action menée par une de ses cousines germaines.
     Ce n'est toutefois qu'en 1645 qu'Hélène Boullé choisit d'entrer au couvent des Ursulines de Paris sous le nom de soeur Hélène de Saint-Augustin. La communauté des Ursulines était un ordre récent (fondé en 1635 à Brescia en Italie) composé de soeurs non cloîtrées et conçu pour mener des actions éducatives. Soeur Hélène, restée très indépendante choisit, encore novice et avec l'argent dont elle disposait, de fonder son propre couvent à Meaux.
     Ce couvent n'existe plus aujourd'hui en tant que tel, devenu annexe d'un lycée, mais il en reste encore le souvenir avec cette artère baptisée rue des Ursulines. Hélène Boullé y acheva son parcours terrestre le 20 décembre 1654, mourant après quelques jours de souffrance et, comme on disait à l'époque, en odeur de sainteté.

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Foi, Espérance et Charité,
filles adoptives de Samuel Champlain

     L'union d'Hélène Boullé et de Samuel Champlain n'assura point de descendance. La question vient même effleurer l'esprit de savoir s'il y eut véritablement consommation du mariage ou si l'on en resta aux arrangements de départ. Champlain n'en était pas moins désireux d'adopter de jeunes indiens et de les instruire à la française. L'occasion se présenta en 1628 lorsque les Montagnais vinrent lui offrir trois jeunes filles âgées respectivement de 11, 12 et 15 ans qu'il nomma Foi, Espérance et Charité.
Foi, la plus jeune, préféra regagner sa forêt, tandis que les deux autres se montraient très désireuses de se rendre en France. Lorsque Champlain en 1629 fut contraint de laisser Québec aux Anglais, Espérance et charité l'accompagnèrent jusqu'à Tadoussac où les frères Kirke refusèrent de les laisser embarquer vers l'Europe.
     Confiées aux bons soins de Guillaume Couillard (gendre de Louis Hébert), elles retournèrent avec lui à Québec, mais il est probable qu'elles n'y restèrent pas et qu'elles regagnèrent la forêt car Champlain, lors de son retour en 1633, ne dit plus rien de ses filles.

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Jean de Poutrincourt,
premier seigneur de la Nouvelle-France

     Jean de Biencourt, sieur de Poutrincourt et de Saint-Just, gentilhomme picard, se faisant appeler plus communément Jean de Poutrincourt, partit pour l'Acadie en 1604, en qualité de lieutenant de Pierre Dugua de Mons. Il accomplissait aussi ce voyage avec la ferme intention de s'y établir.
Homme cultivé, formé à la philosophie, à l'histoire, aux langues anciennes et à la musique pour laquelle il jouait et composait des chants d'église, Jean de Poutrincourt avait passé beaucoup de temps aux armées, engagé dans la Ligue aux côtés du duc de Guise dont il fut l'un des plus brillants capitaines. Il s'était notamment illustré comme gouverneur de la place de Beaumont et dans la résistance de Paris au roi Henri IV.
     Comme beaucoup d'autres, il en était sorti pratiquement ruiné, fors l'honneur, le courage et quelques grandes qualités que le roi Henri avait su reconnaître. C'est d'ailleurs lui qui avait provoqué la rencontre entre ce catholique fervent et le huguenot Dugua de Mons : deux hommes de mérite, capables de partager une même vision du monde et de s'engager dans cette action commune, chacun, dans le respect de l'autre, restant fidèle à son engagement personnel dans la foi.
     Séduit par le site de Port-Royal, Pierre Dugua de Mons lui en accorda la concession, ainsi peut-on dire que Jean de Poutrincourt fut le premier seigneur de la Nouvelle-France. Rentré en France à la fin de 1605, il faisait retour en 1606 chargé du ravitaillement pour l'Acadie, ramenant également avec lui son nouveau secrétaire, l'avocat Marc Lescarbot et son fils Charles dont le nom s'inscrirait plus tard dans l'histoire de l'Acadie sous le patronyme de Charles de La Tour. Cette année-là, il y eut néanmoins quelques inquiétudes chez les colons resté à Port-Royal, le navire de Poutrincourt ne parvenant que le 27 juillet, ayant connu bien des ennuis au départ. Par un fort vent et la malveillance presque certaine de son capitaine, un nommé Foulques, soudoyé par des marchands concurrents, le "Jonas" avait coulé dans le port de La Rochelle. Son radoub avait demandé plusieurs semaines et Poutrincourt avait aussi du prendre lui-même le commandement du navire, parti seulement le 11 mai sur une mer qui connut une alternance de brumes , de jours sans vent ou vent contraire et de tempêtes.

     Vers la fin d'août 1606, Poutrincourt participa avec Samuel Champlain à une nouvelle reconnaissance des côtes américaines de l'Acadie, sans réussir à dépasser le précédent parcours de Champlain et atteindre la baie d'Hudson. Leur retour à la mi-novembre fut salué dans la baie de Port-Royal par la représentation du "Théâtre de Neptune" de Marc Lescarbot.
     L'hiver 1606-1607 fut relativement doux, si bien que l'on eut à fournir du ravitaillement aux indiens micmacs et l'on ne compta que sept morts du scorbut dans les rangs des colons. Mais l'été 1607 était porteur de mauvaises nouvelles venues de France où le Monopole de Pierre Dugua de Mons avait été révoqué et les gens de Port-Royal durent abandonner l'Acadie à l'automne de cette année-là.
     Cependant, Jean de Poutrincourt ne désarmait pas et, confirmé dans la donation par Pierre Dugua de Mons en 1608, il récupérait Port-Royal en 1610, ayant passé deux années à réunir les moyens nécessaires à son embarquement en vendant presque tous ses biens et en empruntant au-delà du raisonnable. Il emmenait avec lui une vingtaine d'hommes qui se trouvèrent au bord de la famine à la fin de l'hiver. Ce manque de moyens chronique amena son fils Charles à négocier le soutien financier de madame de Guercheville, dame d'honneur de la reine, à accepter l'arrivée de jésuites en 1611, ce qui engendra un climat détestable dans la colonie.
     Lâché par madame de Guercheville en 1613, Charles, qui commandait alors en l'absence de son père, dut ensuite assister au pillage de l'habitation par les Anglais du capitaine Argall. Cette attaque cependant ne sonnait pas le glas de l'Acadie. Jean de Poutrincourt put revenir à Port-Royal en 1614 pour y voir son habitation dévastée. Toutefois, totalement ruiné, harcelé par les créanciers, séparé de biens avec son épouse, poursuivi en justice par madame de Guercheville et les Jésuites, il ne pouvait qu'abandonner la partie. C'est son fils Charles qui devait, tant bien que mal, assurer la survie de l'établissement acadien, non comme une vraie colonie mais comme un simple comptoir de fourrures.
     Quant à Jean de Poutrincourt, il fut contraint de reprendre du service dans les armées royales et mourut en 1615 en Champagne, à 58 ans, tué au siège de Méry-sur-Seine.


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Marc Lescarbot, premier historien
de la Nouvelle-France

     Marc Lescarbot, avocat, écrivain, poète, né à Vervins en Thiérache vers 1565/1570, avait, selon lui, dans sa généalogie, des ancêtres bretons originaires de Saint-Pol-de-Léon. Après de longues études à Laon, puis à Paris, durant lesquelles il avait appris le latin, le grec, l'hébreu, connu les lettres antiques et modernes, il était devenu avocat au Parlement de Paris, maître en Droit civil et en Droit canonique. Licencié en lois, il avait joué un petit rôle dans les négociations du Traité de Vervins en 1598, et publié les années précédentes quelques traductions d'oeuvres en latin, mais l'essentiel de son oeuvre restait à venir.
     Convaincu par son client et ami Jean de Poutrincourt de rejoindre le Canada, Marc Lescarbot s'embarque avec lui à La Rochelle sur le "Jonas" au printemps de 1606. Débarqué en Acadie, au Port-Royal en juillet, il y séjourna un an, étant rapatrié en 1607 après la révocation du monopole de Dugua de Mons.
     Parti sans raison ni charge bien précise, sauf de voir du pays et d'y exercer sa plume, cet érudit fit merveille de ses talents dans une colonie qui souffrait principalement de deux maux : le scorbut qui décimait les hommes et l'ennui des hivers trop longs. Ne possédant point de remède pour le premier, il réussit parfaitement pendant son court séjour à faire régresser le second. Véritable homme orchestre de la vie sociale, d'une nature toujours joyeuse, il savait maintenir le moral des hommes, étant selon les circonstances poète, musicien, bonimenteur, intendant, fin cuisinier, occupant même un moment les fonctions de pasteur. Durant l'automne 1606, pour fêter le retour de Jean de Poutrincourt, il fit aussi jouer une pièce de sa composition, "Le Théâtre de Neptune", sorte de ballet nautique, sur les eaux de Port-Royal, exécuté par les colons restés à terre et le concours des indiens Micmacs. Il s'agissait-là de la première pièce de théâtre jouée en Amérique du Nord.
     Mais l'intérêt toujours maintenu, encore de nos jours, pour Marc Lescarbot, son grand oeuvre, réside dans les écrits qu'il publia à son retour en France. Non point cette "Défaite des Sauvages Amouchiquois", ouvrage drôle paru en 1607, mais son "Histoire de la Nouvelle-France" publiée dans sa première édition en 1609. Enrichie du récit des événements survenus ultérieurement et par des articles nouveaux, elle fut rééditée en 1611, 1612, 1617, 1618. Admiratif des nations indiennes, il en décrivit admirablement les moeurs et les coutumes, faisant montre d'un esprit humaniste comparable à celui de Michel de Montaigne. Traduite en langue anglaise, en allemand, publiée à l'étranger, "L'Histoire de la Nouvelle-France" connut un franc succès. Cet ouvrage qui fait de Marc Lescarbot le premier historien de la nouvelle-France, contribua à faire connaître l'Acadie et reste une référence incontournable pour qui veut aujourd'hui se souvenir des premières heures de l'histoire de la colonisation du Canada francophone.
     Marc Lescarbot ne retourna jamais en Acadie, mais continua de militer pour elle en France, par son "Histoire" bien sûr, mais aussi en plaidant la cause de Jean de Poutrincourt à la Cour du roi.
Il continua à s'intéresser à la Nouvelle-France, entretenant des relations avec les différents gouverneurs de l'Acadie, en témoigne cette correspondance avec Isaac de Razilly en 1634.
     Marc Lescarbot voyagea aussi en Suisse et en Allemagne dans le cadre de missions diplomatiques. En 1618, il était nommé Commissaire de la Marine et en 1619, à plus de 50 ans, il épousa une jeune veuve, Françoise de Valpergue, qui avait été dépossédée de ses biens par des créanciers indélicats. Dès lors, il dépensa une grande partie de son temps, de son argent et de son énergie dans une foule de procès pour récupérer une partie des biens de son épouse.
Il mourut en 1642, dans sa maison de Valpergue, à Presles dans l'Aisne, sans héritiers directs.


Traductions d'ouvrages en latin :


* Discours de l'Origine des Russiens (1599)
* Discours véritable de la Réunion des Eglises (1599)
* Histoire merveilleuse de l'abstinence triennale d'une fille de Confolens (1602)
* Guide des Curés (1613)


Oeuvres personnelles :


* Discours pour la Paix (prononcé pour la paix de Vervins en 1598)
* Harangue d'action de grâces (1598 - lié à la Paix de Vervins)
* Poèmes pour la Paix (1598 - lié à la Paix de Vervins)
* Adieu à la France (en vers - 1606)
* Le théatre de Neptune (1606)
* La défaite des Amouchiquois (en vers - 1607)
* Histoire de la Nouvelle-France (1609)
* Histoire de la Nouvelle-France (nouvelle édition : 1611-1612)
* Histoire de la Nouvelle-France (nouvelle édition : 1617-1618)
* Les Muses de la Nouvelle-France (en vers, suivent les différentes éditions de son Histoire de la Nouvelle-France)
* Tableau de la Suisse (en vers et prose - 1618)
* La chasse aux Anglais (en vers - 1629)
* La Victoire du Roy (en vers - 1629)


SONNET A SAMUEL CHAMPLAIN


Un Roy Numidien poussé d'un beau désir
Fit jadis rechercher la source de ce fleuve
Qui le peuple d'Egypte et de Lybie abreuve,
Prenant en son pourtrait son unique plaisir.
Champlain, jà dès longtemps je voy que ton loisir
S'employe obstinément et sans aucune trauve
A rechercher les flots, qui de la Terre-Neuve
Viennent, après maints sauts, les rivages saisir.
Que si tu viens à chef de ta belle entreprise
on ne peut estimer combien de gloire un jour
Acquerras à ton nom que desjà chacun prise.
Car d'un fleuve infini tu cherches l'origine,
Afin qu'à l'avenir y faisant ton séjour
Tu nous fasses par là parvenir à la Chine.

                              Marc Lescarbot (vers 1570-1642)

hebert archives canada

Louis Hébert,
premier colon de la Nouvelle-France

     Louis Hébert, né à Paris en 1575, y exerçait, comme son père, la profession d'apothicaire lorsque le désir lui vint de découvrir le Nouveau-Monde.
     Embarqué dans l'expédition de Pierre Dugua de Mons et Champlain en Acadie, il se mit d'emblée au défrichage de la terre, prodiguant également des soins aux membres de la petite colonie, participant à la reconnaissance côtière de 1606 avec Jean de Poutrincourt. Contraint de rentrer en France à la fin de 1607, après la perte du Monopole de Dugua de Mons, il put revenir en Acadie en 1610 avec Jean de Poutrincourt, mettant de nouveau ses dons d'apothicaire au service des Français comme des Indiens. Il arriva aussi que Poutrincourt vint à lui confier la direction de l'établissement en son absence, mais en 1613, après l'attaque d'Argall sur l'Acadie, prisonnier des Anglais, il fut reconduit en France.
     C'est au cours de l'hiver 1616/1617 qu'il renoua connaissance avec Samuel Champlain, dont il était resté proche depuis leur séjour commun en Acadie de 1604/1607. Les garanties que ce dernier lui apportait et la pensée que cette colonie tenait depuis 1608 le décidèrent à repartir avec femme et enfants après avoir vendu tous ses biens à Paris.
     A Québec, en dehors de son service au sein de la compagnie des fourrures, des soins qu'il apportait aux plus démunis, n'hésitant pas à leur donner quelque grain pour leur éviter la famine, il entreprit de défricher la terre pour y semer ses grains, muni d'une simple bêche (c'est seulement après sa mort que ses descendants pourront disposer d'une charrue).
     C'est ainsi que Louis Hébert devint le premier véritable colon de la Nouvelle-France. La seule famille capable de subvenir à ses besoins, en l'absence d'approvisionnement venu de France et ce malgré les tracas que lui causait la compagnie des fourrures, ne voyant pas d'un très bon oeil cette accession à l'indépendance existentielle.
     Champlain, muni de nouveaux pouvoirs, le nomma en 1620 procureur du roi, responsable de la justice à Québec puis, entre 1623 et 1625, Louis Hébert obtint légalement la possession de ses terres : pâturages pour les bovins, champs de céréales, potager et verger de pommiers.
     Cet ami de tous, Français ou Indiens, devait décéder durant l'hiver 1626/1627 à la suite d'une mauvaise chute sur la glace. Inhumé le 25 janvier 1627 dans le petit cimetière des Récollets, son cercueil fut transporté dans leur chapelle en 1678.
     Samuel Champlain eut grand chagrin de la disparition de Louis Hébert, cet ami de longue date dont il partageait la foi ardente adossée à une très grande bonté et dont il admirait le courage : un exemple devenu aujourd'hui une des figures emblématiques des premières heures de l'histoire du Québec.


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François Gravé, sieur du Pont,
compagnon de route de Champlain

      Encore appelé Dupont-Gravé ou Pont-Gravé, il naquit vers 1554 à Saint-Malo et s'intéressa au commerce des fourrures dans le Saint-Laurent dès 1598, d'abord en tant que partenaire de Troilus de La Roche de Mesgouez qu'il abandonna pour s'associer au huguenot Pierre Chauvin de Tonnetuit. C'est vraisemblablement cette nouvelle association qui l'amena à quitter Saint-Malo pour s'établir à Honfleur en 1600, en qualité de pilote. Dès lors, presque chaque année, il va conduire les vaisseaux de la traite en Nouvelle-France et naviguera jusqu'à sa mort pour le compte de diverses compagnies, celles d'Aymar de Chastes, Pierre Dugua de Mons ou Guillaume de Caën.
      En 1600, il accompagne Pierre Chauvin à Tadoussac.
      En 1603, il mène avec Champlain une nouvelle exploration des rives du Saint-Laurent, remontant avec lui jusqu'au saut Saint-Louis.
En 1604, il est en Acadie avec Pierre Dugua de Mons comme son chargé d'affaires. De Mons lui laissera le commandement de la colonie en 1605 lors de son retour en France.
      En 1608, il est de nouveau avec Champlain qu'il approvisionne lors de la fondation de Québec. Il reviendra ensuite chaque année sur le Saint-Laurent, à Tadoussac pour les affaires et à Québec pour y acheminer les vivres indispensables à la survie de la petite colonie. Il lui arrivera d'hiverner à Québec en compagnie de Champlain, en 1622 et de 1627 à 1629 ou en son absence en 1625.
      Marié, il semble avoir eu deux enfants. Son fils, Robert et son gendre Claude Desmarais suivront d'ailleurs les traces du père en Nouvelle-France.
Les excellents rapports qu'il entretenait avec les Amérindiens, une très grande volonté non dénuée de clairvoyance et de courtoisie faisaient de lui l'homme de confiance tout désigné pour la traite des fourrures et les transactions commerciales.
      Mais l'homme était aussi beaucoup plus qu'un simple marchand. Sans nous révéler toute la personnalité de François Gravé, Champlain dans ses écrits ne manque pas de éclairer sur les relations cordiales qu'il entretient avec lui, empreintes d'une grande amitié et d'un profond respect. La différence d'âge fera dire à Champlain qu'il "le respectait comme son père" et il ne manqua pas, très souvent, de solliciter son conseil. François Gravé lui fut toujours d'une aide précieuse.
      Les dernières années passée sur le Saint-Laurent seront toutefois assez pénibles pour cet homme vieillissant, malade du coeur depuis longtemps, souffrant de la goutte et dont la santé décline. Malgré l'estime qu'il lui porte, Champlain reconnaît qu'il devient une charge. Très souvent alité, il est encore là lors de la capitulation de Québec en 1629. Un départ bien triste qui sonnera pour Pont-Gravé la fin de sa grande aventure au Canada. Il devait s'éteindre l'année suivante, peu de temps après son retour en France


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Etienne Brûlé,
premier interprète de Champlain

      Bien des zones d'ombre recouvrent la vie aventureuse d'Etienne Brûlé. L'homme, que l'on dit né vers 1592 dans la proche banlieue de Paris, se serait embarqué, encore adolescent, pour la Nouvelle-France sur les navires de Champlain, dès 1608, pour la fondation de Québec.
      Peut-être a-t-il participé à ses côtés au combat de 1610 contre les Iroquois ? C'est une hypothèse plausible. Elément quasi certain par contre, il lui demanda, cette année-là, l'autorisation de vivre parmi les Algonquins pour apprendre leur langue. Champlain, à la recherche de truchements (interprètes dans la langue de l'époque) confia le jeune garçon au chef Iroquet en l'échangeant contre un jeune indien nommé Savignon désireux de connaître la France. Vêtu à l'indienne et déjà fort à l'aise dans la langue, Etienne Brûlé retrouva Champlain en juin 1611 pour repartir de nouveau vers la Huronnie et les Grands Lacs.
       En 1615, il participa à la troisième campagne contre les Iroquois, arrivant cependant trop tard après la défaite de Champlain, pour reprendre sans attendre sa vie de coureur des bois. Il aurait alors séjourné chez les Andastes, serait descendu vers le sud sur l'actuel territoire de Pennsylvanie, avant d'être retenu prisonnier par les Iroquois.
      Vers 1621, à la demande de Champlain, il repartait pour une nouvelle mission au long cours en pays Huron. Y rencontrant différentes tribus, il devait, dans ce périple, rejoindre le Lac Supérieur et vraisemblablement le Lac Erié.
       La vie aventureuse d'Etienne Brûlé, qui n'a laissé aucune trace écrite de ses incessantes pérégrinations, reste très mal connue. Le premier, il aura, c'est certain, découvert bien des territoires dont l'histoire a attribué la paternité à d'autres. Jusqu'à son dernier souffle, il vécut ainsi, parmi les Hurons, ayant définitivement adopté leur mode de vie, leurs moeurs et leur morale. Périodiquement, il avait cependant des contacts avec les Européens : d'autres truchements avec qui il lui arriva de voyager, les frères évangélisateurs : Sagard, Brébeuf, entre autres, et bien entendu avec Champlain et la compagnie de traite des fourrures, son employeur, qui lui versait un petit pécule pour qu'il encourage les Indiens à leur apporter des peaux.
      Cet étrange personnage de roman d'aventures, sujet de tant de controverses, garda la confiance de Champlain jusqu'en 1629, année de la prise de Québec par les Anglais. Lors de la reddition, il choisit de se mettre au service des frères Kirke et Champlain, l'accusant alors de trahison, ne lui pardonnera pas ce geste.
      Reparti pour la Huronnie, nul ne devait revoir Etienne Brûlé. Il mourut assassiné et mangé par ceux-là même dont il avait partagé la vie pendant plus de vingt ans, ses frères Hurons de la tribu de l'Ours, dans des circonstances que nous ignorerons à tout jama
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