habitation

SAMUEL CHAMPLAIN,
FONDATEUR DE QUEBEC

     Après l'échec relatif de la fondation en Acadie et le rapatriement forcé de 1607, Dugua de Mons qui vient d'obtenir une prolongation d'un an de son Monopole de traite, envoie Champlain sur le Saint-Laurent pour y établir une habitation.
     Parti le 13 avril 1608 de Honfleur sur le "Don de Dieu", celui-ci parvient à Tadoussac le 3 juin et y retrouve Pont-Gravé parti plus tôt, le 5 avril.
C'est en barque que Champlain remonte le Saint-Laurent pour y choisir un endroit propice à habiter. Le 3 juillet, il est devant Québec, lieu sur lequel se fixe son choix et selon ce qu'il nous en dit lui-même :


   "De l'île d'Orléans jusques à Québec, il y a une lieue, et y arrivai le 3 juillet : ou étant, je cherchai lieu propre pour note habitation, mais je n'en pu trouver de plus commode, ni mieux situé que la pointe de Québec, ainsi appelé des sauvages, laquelle était remplie de noyers. Aussitôt j'employai une partie de nos ouvriers à les abattre pour y faire notre habitation, l'autre à scier des aix, l'autre fouiller la cave et faire des fossés : et l'autre à quérir nos commodités à Tadoussac avec la barque. la première chose que nous fîmes fut le magasin pour mettre nos vivres à couvert, qui fut promptement fait par la diligence d'un chacun et le soin que j'en eu."


     Dans les jours suivant son arrivée, Champlain fut victime d'un complot commandité par les Basques de Tadoussac. Des gens qui, manifestement, ne voyaient pas d'un bon oeil son installation à demeure sur le Grand Fleuve. Les auteurs, arrêtés, furent jugés; la sentence prononcée aboutit à la pendaison du serrurier Jean Duval et au retour en France de ses trois comparses.


     "Après que toutes ces choses fussent passées Pont-Gravé partit de Québec le 18 septembre pour s'en retourner en France/.../Je fis continuer notre logement, qui était de trois corps de logis à deux étages. Chacun contenait trois toises de long et deux et demi de large. Le magasin six et trois de large, avec une belle cave de six pieds de haut. Tout autour de nos logements je fis faire une galerie par dehors au second étage, qui était fort commode, avec des fossés de quinze pieds de large et six de profond : et au-dehors des fossés, je fis plusieurs pointes d'éperons qui enfermaient une partie du logement, là où nous mîmes nos pièces de canon : et devant le bâtiment il y a une place de quatre toises de large, et six ou sept de long, qui donne sur le bord de la rivière. Autour du logement y a des jardins qui sont très bons, et une place du côté de Septentrion qui a quelque cent ou cent vingt pas de long, cinquante ou soixante de large..."


     L'hivernage de 1608 fut particulièrement dur. Sur 24 personnes restées à Québec, il n'en restait plus que 8 au printemps 1609. 16 étaient mortes du scorbut. la partie était donc loin d'être gagnée pour Champlain qui, pendant des années, multipliera ses interventions auprès de la Cour de France et surtout des marchands peu empressés de développer la colonie. Quelque 15 ans après sa fondation, Québec ne comptait qu'une seule vraie famille capable de vivre sur ses propres ressources, celle des Hébert.
     En 1627, Champlain pouvait enfin penser que ses efforts aller aboutir avec la création par Richelieu de la Compagnie des Cent-Associés, mais une autre adversité venait tout remettre en question. En 1628 et 1629, Québec se vit assiégé par David Kirke, et se trouvant à cours de vivres et de poudre à canon, Champlain fut contraint de se rendre laissant la ville passer sous contrôle anglais. Prise illégalement (2 mois après la cessation des hostilités avec l'Angleterre), la ville devait être restituée à la France en 1632 par le traité de Saint-Germain-en-Laye.
     Champlain retrouva la gouvernance de Québec en 1633, comme lieutenant de Richelieu - Isaac de Razilly ayant décliné l'offre, estimant que Champlain était le plus compétent. Dès son arrivée, il fit construire une chapelle, Notre-Dame-de-la-Recouvrance, respectant ainsi la promesse qu'il s'était faite si la France recouvrait Québec et qu'il eut la chance de pouvoir y revenir.
Pendant les trois années qu'il lui restait à vivre, Champlain s'employa à relever les ruines de Québec, renforcer ses fortifications et faire construire deux habitations : l'une sur l'île de Richelieu et l'autre à Trois-Rivières.
     Lorsqu'il mourut, le jour de Noël 1635, Québec n'était alors qu'un modeste comptoir, qui comptait tout au plus 200 à 300 personnes pouvant être considérées comme résidents permanents. Ainsi, Champlain n'aura vu se réaliser que le tout début de son rêve. Québec et la Nouvelle-France ne se développeront vraiment qu'après sa mort, avec des hauts et des bas, l'installation de nouvelles seigneuries. Mais sans lui, sans sa ténacité pour maintenir ce petit bout de France sur le Grand Fleuve, la Belle Province aurait connu une toute autre histoire. Aurait-elle vécu ? Sans doute quelqu'un d'autre serait venu bâtir dans ce bel endroit, mais Québec, cette ville bien ancrée dans la modernité du continent nord-américain, n'aurait peut-être pas eu ce parfum de vieille France, cette culture originale et la proximité du langage que nous autres Français apprécions tant aujourd'hui.

====================================

arrivée champlain québec henri beau 1902

Arrivée de Champlain à Québec en 1608 - Tableau de Henri Beau (1902)