Interrogations et controverses


      Les inconnues qui recouvrent la première partie de sa vie, le manque de sources, la présence de faux ou le peu de fiabilité de certaines informations ont parfois soulevé chez les historiens, à propos de Champlain, de nombreuses polémiques dont nous nous proposons de reprendre ici l'inventaire de quelques-unes en y amenant à notre tour un point de vue.

Le faux portrait de Champlain !


      Il n'existe aucun portrait de Samuel Champlain. Sa seule représentation connue figure dans un dessin qu'il fit lui-même, où il se représente combattant les Iroquois (voir ci-dessous): dessin qui ne nous renseigne guère sur l'allure qu'il pouvait avoir, encore moins sur sa physionomie.
     Quant au portrait que nous proposent allègrement dictionnaires, articles divers et cartes postales, sous le pinceau d'un peintre anonyme il représente un certain Michel Particelli, sieur d'Emery (1595 ?-1650), Surintendant des Finances plus ou moins honnête de l'époque de Mazarin.
     Autant certaines effigies représentant Champlain ne nous choquent pas, autant le portrait de ce petit bonhomme engoncé qui nous est donné comme étant celui du fondateur de Québec nous apparaît presque comme une insulte à la mémoire de l'homme d'action qui avait très certainement une toute autre allure.

champlain 2

A gauche, scène de combat contre les Iroquois (dessin de Champlain).

La seule représentation existante de Champlain (agrandissement de droite)

Champlain


Quelle est la date de naissance de Champlain ?


    Selon d'anciennes brochures saintongeaises, Champlain serait né en 1567 (date qui figure également sur la petite stèle à sa mémoire disposée devant l'entrée de l'église de Brouage). Mais Marcel Trudel, dans sa biographie, suivi par d'autres historiens canadiens préfère la date de 1570. De nouvelles voix s'élèvent prétendant qu'il serait né plus tardivement, ce qui n'a rien de saugrenu.
     Notre seule croyance réside dans le fait que Champlain serait né à Brouage, mais en l'absence d'acte de naissance (les registres de l'époque ayant disparu dans un incendie), toute détermination exacte de son année de venue au monde s'avère impossible.


Champlain a-t-il toujours été catholique ?


     Si nous n'avons aucun doute sur la foi catholique de Champlain lorsqu'il s'embarque pour le Canada, il n'en est pas de même s'agissant de la première partie de sa vie. Il est quasi certain que Champlain soit né protestant, ainsi que l'indique son acte de baptême retrouvé dans les archives du Temple Saint-Yon à La Rochelle, et qu'il ait conservé cette religion un certain temps.
     Le prénom biblique de "Samuel" constitue également un sérieux indice : à l'époque ce genre de prénom était plutôt attribué en milieu protestant. D'autre part, au moment de sa naissance (en pleine Guerre des Religions) Brouage était sous domination protestante.
     Dans une époque où les querelles religieuses sont vives, nous constatons également que le très catholique Champlain ne critique point les protestants sur leur doctrine. Il est vrai qu'il doit aussi faire preuve de diplomatie : la plupart des gens de mer, les marchands qu'il fréquente sont de confession protestante. Mais il entretient de vrais rapports d'amitié avec des protestants : Dugua de Mons, Pont-Gravé pour ne citer que les plus connus. Il va même jusqu'à épouser la jeune Hélène Boullé, issue d'une famille calviniste. La probabilité que Champlain ait été protestant dans son jeune âge ne nous semble donc pas une hérésie.


Champlain a-t-il vraiment voyagé aux Indes Occidentales ?


     Lorsque Champlain nous dit, en 1632, qu'il a voyagé aux Indes occidentales (ainsi appelait-on les Antilles et les possessions espagnoles depuis la découverte de Colomb), nous n'avons aucune raison de ne pas le croire. L'attribution tardive qui lui a été faite des écrits du "Brief discours" a pu semer le doute, laisser penser que Champlain aurait menti.
     Nous préférons oublier le "Brief discours" que Champlain n'a jamais publié de son vivant et continuer de penser qu'il s'est effectivement rendu dans ces pays sur les navires de l'armada.


Champlain a-t-il été anobli ?


     La première publication de Champlain (Des Sauvages - 1604) est signée simplement "Samuel Champlain" de Brouage. Mais l'édition des Voyages de 1613, comme les suivantes, se font au nom du "Sieur de Champlain". Il est donc légitime de penser qu'il aurait été anobli entre temps. Rien n'est moins sûr, car il n'existe aucune trace de cet anoblissement.
     Il était cependant courant à cette époque d'être ou de se faire appeler "Monsieur de..." dès que l'on voulait être reconnu, ou dans l'exercice de responsabilités.
     Avec ou sans titre officiel, la particule était indispensable à Champlain pour prétendre gouverner à Québec. Mais en l'absence de preuves historiques, nous avons choisi de lui conserver son patronyme de naissance.


D'où Champlain tirait-il ses nombreux talents (l'art d'écrire, de savoir faire des relevés topographiques, de dessiner d'excellentes cartes, etc.) ?


      Les réponses bien sûr nous resteront à jamais inconnues car elles se situent pour une grande part dans son enfance brouageaise. Mais dans ce mystère, il nous paraît toutefois intéressant de citer le nom de ce Charles Leber Du Carlo, alors ingénieur de la place de Brouage et qui aurait tenu le jeune Champlain en amitié. Cet homme avait selon nous toutes les compétences pour lui apprendre à dessiner plans et croquis.
     Quant à savoir faire le point, plus d'un navigateur était capable de lui en enseigner les rudiments. Peut-être ce mystérieux oncle Provençal ?


Champlain fut-il le déclencheur des guerres indiennes ?


     Lorsque Jacques Cartier vint sur le Saint-Laurent, quelque 70 ans plus tôt, les tribus paraissaient vivre en paix, mais il en allait tout autrement lorsque Champlain débarqua à Tadoussac en 1603. Ce sont les indiens qui lui parlent de guerre, qui sollicitent son aide pour aller combattre les Iroquois. Car les temps ont bien changé depuis Cartier; le commerce des fourrures a connu un énorme développement; il tient maintenant une place prépondérante dans l'économie amérindienne et pour les tribus, le contrôle des voies marchandes est lui même devenu source de profit (instituant des droits de passage sur les territoires). Tous ces bouleversements et la montée en puissance d'une Confédération iroquoise belliqueuse étaient bien antérieurs à la venue de Champlain.
     Lors de son retour sur le Saint-Laurent en 1608, les Algonkins, Montagnais... ne manquent pas de lui rappeler sa promesse d'assistance de 1603.
     Champlain n'avait pas le choix, à moins de renoncer d'emblée à tous ses projets. S'il voulait s'installer paisiblement à Québec, y bâtir son habitation et plus tard explorer le pays en direction des Grands lacs, c'est-à-dire traverser les territoires indiens, il devait impérativement devenir leur allié et le prouver, en dépit de sa volonté de paix, dans un conflit qui ne l'avait pas attendu.


Les écrits de Champlain ont-ils été modifiés ?


      Nous avons de bonnes raisons de le penser, du moins en ce qui concerne l'édition de 1632, récapitulative de ses voyages. Les retraits, les ajouts dans le texte, quelques erreurs grossières que Champlain n'aurait pu commettre laissent entendre depuis toujours que les Jésuites auraient aménagé certains passages du récit dans le but de mieux servir leur cause.

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