Qui était Samuel Champlain ?


Tout biographe soucieux d'établir au plus juste le profil de Champlain se heurte d'emblée à nombre d'obtacles insurmontables : une rareté des documents d'archives, un manque de témoignages suffisamment objectifs de la part des gens qui l'ont approché, le silence quasi total de Champlain dans ses écrits sur tout ce qui a trait à sa vie personnelle...et surtout cet énorme voile opaque qui recouvre les trente premières années de sa vie...


La jeunesse de Samuel Champlain


    Nous ne savons rien sur la naissance de Champlain, sur son enfance, mais rien, non plus, ne nous empêche de penser qu'il fut, comme tout un chacun dans cette période de sa vie, fortement marqué par l'éducation, les fréquentations, le milieu dans lequel il vivait.
      En l'absence de sources, cette connaissance qui nous est refusée, et qui nous aurait pourtant permis de mieux comprendre les motivations, les engagements, la psychologie de l'homme dans son âge mûr, nous en sommes réduits à l'imaginer. Pour cette recherche, rédigée sur le lieu même de sa naissance, nous vous invitons à prendre connaissance de l'excellent article de Jimmy Vigé "Les racines de Champlain", paru dans l'ouvrage "Champlain, enfant de Brouage" et publié par le Comité du Mémorial (ouvrage signalé en avant-dernière page de ce site): une lecture incontournable pour mieux comprendre les engagements de l'homme dans son âge adulte. Faute de quoi nous devrons nous résoudre à tout ignorer de son enfance, de sa jeunesse, sauf que Champlain est né à Brouage (nous ne savons pas quand ? Vers 1570 ou plus tard), fils d'Antoine Champlain, capitaine de marine et de Marguerite Le Roy. Un acte de baptême retrouvé par le généalogiste Jean-Marie Germe dans les archives du temple Saint-Yon de La Rochelle nous indique qu'il fut baptisé en ce lieu le 13 août 1574. Nous ne savons pas davantage s'il eut des frères ou des soeurs.
      La première partie de sa vie, dans sa globalité, reste entourée de mystère et pour appréhender correctement le parcours de Champlain, il nous faut patienter jusqu'à son premier embarquement pour le Canada en 1603, lorsqu'il commence le récit de ses voyages. Avant cela, à peine savons-nous qu'il passa quelques années dans les armées royales de Bretagne en lutte contre les ligueurs, alliés de l'Espagne, avec le grade de Maréchal des logis (sergent). Démobilisé vers 1598-1599, il aurait ensuite séjourné deux ans et demi chez les Espagnols, se rendant alors dans leurs possessions d'Amérique centrale, pour rentrer en France vers 1602.
      Lorsque débute pour nous son parcours connu, à partir de 1603 (il semble alors avoir dépassé la trentaine), nous savons, par ses écrits, qu'il n'est pas étranger à la Cour du roi de France qui lui a attribué une pension. A quel titre? Peut-être pour services rendus dans le cadre d'une mission d'espionnage durant son séjour espagnol; mais ceci n'est qu'une hypothèse.


L'homme de la mer :


      Dans les nombreux portraits de Samuel Champlain, il est chez lui une disposition naturelle qui nous semble insuffisamment prise en compte par leurs auteurs : son attachement au milieu marin. Car Champlain a toujours été un amoureux de la mer. D'elle, il a tout appris pour devenir un vrai marin et un excellent navigateur. Son "Traité de la Marine", écrit sur le tard après un aller-retour aux Antilles, 23 traversées de l'Atlantique Nord et de tant de navigations côtières et fluviales, en constitue la plus belle démonstration. D'ailleurs, Champlain nous l'a dit lui-même :


     "Entre tous les arts les plus utiles et excellents, celui de naviguer m'a toujours semblé tenir le premier lieu : car d'autant plus qu'il est hasardeux et accompagné de mille périls et naufrages, d'autant plus est-il estimé et relevé par dessus tous, n'étant aucunement convenable à ceux qui manquent de courage et d'assurance..."


     Cette attirance pour la mer, Champlain la situe dès sa plus tendre enfance, ce qui n'a rien d'étonnant. Son père, marin (capitaine dit-on ?) pouvait représenter un exemple; les récits d'un mystérieux "Oncle provençal" ont peut-être suscité en lui cette soif d'évasion vers de lointains ailleurs et puis, avant tout, n'oublions pas que l'enfant grandissait dans une cité maritime de première importance :


      "C'est cet art qui m'a dès mon plus bas âge attiré à l'aimer, et qui m'a provoqué à m'exposer presque toute ma vie aux ondes impétueuses de l'océan."


      Brouage, était alors le grand port du sel, un lieu où se rencontraient les marins venus de pays étrangers, une ville cosmopolite où l'on parlait toutes les langues; et en même temps un lieu clos, enceint de remparts. C'est par la mer que l'on s'en échappait et que l'on pouvait connaître le monde. Nul doute que l'enfant a ici beaucoup rêvé et que ce rêve a su prendre corps à l'âge adulte.


Le cartographe et l'explorateur :


      Dès 1603, Champlain démontra ses talents de dessinateur et de géographe, produisant des relevés cartographiques d'une indéniable qualité dont tous ceux qui l'on suivi sur cette voie ont admiré la précision. Toutes ses expéditions s'accompagnaient de dessins ou de longues descriptions des lieux visités, mais le grand rêve qui le portait à s'avancer toujours plus loin en terre inconnue fut pendant très longtemps la recherche d'un passage vers la "grande mer salée" : l'océan Pacifique. En explorant le bassin du Saint-Laurent, en s'avançant jusqu'aux Grands Lacs, il a longtemps cru qu'il pourrait réussir. L'âge venant amoindrir ses forces physiques et trop occupé par les affaires de Québec, il ne cessa cependant de croire la chose possible, continuant de s'informer et n'hésitant pas lancer quelques coureurs des bois dans l'aventure.


Le marchand :


      En ce début de 17ème siècle, la volonté d'installer un comptoir permanent en Nouvelle-France fut d'abord l'apanage des négociants en fourrure disposant de leur propre compagnie de traite : les Pierre Chauvin, Aymar de Chastes, Dugua de Mons... Sans les subsides provenant de ce commerce, toute idée d'installation à demeure s'avérait impossible. Mais il fallut toute la ténacité d'un Champlain pour que la réussite soit au rendez-vous. Toute sa vie et jusqu'à sa mort en 1635, il a su entretenir cette flamme. Sans lui, sans son acharnement à maintenir ici cet embryon de colonie, sans doute la Belle Province n'aurait-elle pas existé.
       Pendant près de trente années, il s'efforcera de convaincre les grands de la Cour de France de la viabilité d'une colonie en Nouvelle-France, devant, dans le même temps, lutter contre ces marchands qui pensent bien davantage à leurs profits qu'à tenir leurs engagements, ne souhaitant pas développer une véritable colonie dont ils redoutent la concurrence. Certes, dès qu'il put disposer de son propre argent (investissant au passage la dot de sa jeune épouse Hélène Boullé), il devint lui-même un marchand, allant jusqu'à créer sa propre compagnie, ce que certains lui reprochent, tout en s'inscrivant dans un schéma qui nous paraît bien réducteur par rapport à la vraie grandeur de l'homme. En agissant de la sorte, Champlain ne pense nullement à lui-même mais à conforter sa présence politique et financière pour mieux servir les intérêts de sa petite colonie.


L'homme de foi :


      Au 16ème et au début du 17ème siècle, la colonisation de l'Amérique vise certes à l'accroissement du pouvoir des rois et de ceux qui la mettent en oeuvre, à leur enrichissement par le commerce de productions nouvelles, mais elle ne saurait se résumer à cela. Tous les programmes de cette époque comportent un volet religieux : il s'agit de répandre le message de l'Evangile sur les terres nouvelles et d'amener les populations primitives à la foi des Européens.
      Champlain a parfaitement intégré ce précepte dès ses premiers voyages. Mais ce n'est qu'à partir de 1615, en tant que Lieutenant du prince Henri II de Bourbon, qu'il se trouve en position de force pour l'appliquer pleinement. Cependant, il n'est ici nullement question d'agir ici comme les Espagnols l'on fait dans leurs colonies, provoquant les conversions par un régime de force et de terreur. Les Récollets (un ordre franciscain) qu'il fait passer cette année-là agiront toujours dans la douceur, pratiquant l'écoute et le dialogue. Ils seront les premiers missionnaires du Canada. A partir de 1625, viendront les Jésuites, mais cette décision n'appartient pas à Champlain; la Compagnie de Jésus était alors très puissante à la Cour de France et la volonté d'installer ici ses représentants avait sans doute été prise en haut-lieu.
      Champlain a toujours eu a coeur de bien mener cette mission, mais il ne faut nullement voir en lui un mystique, un fou de Dieu, comme certaines biographies pourraient le laisser croire. Il aura été un grand croyant, rien de plus. Le comprendre suppose que l'on se situe bien dans le contexte et les croyances de ce début de 17ème siècle, une époque où la pensée de Dieu et les actes de la vie religieuse ponctuent les jours et les heures de chacun, générant au passage querelles et massacres, mais entretenant aussi cette espérance très forte d'une vie meilleure après la mort offerte aux plus méritants.

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champlain canot